Texte 3 : Toi Aussi

Toi Aussi

La foule est dense, ce soir. Les inconnus s’agitent sur des sons bien trop forts, et le noir dépravé du sous-sol citadin est le lieu idéal pour chasser son chagrin et les charmer les charmantes. Elle, elle danse et tu la regardes comme si elle était comestible. Tu as fui tes potes et tu te frottes à toutes ces peaux, plus solitaire que jamais, en regardant cette fille. Ses cheveux mal noués, elle est belle. Maquillée à outrance, elle plaît à tout le monde, comme un trophée unique en proie aux fauves nocturnes.

Mais ne détourne pas les yeux, tu n’as pas à t’en faire, tu peux plaire, toi aussi.

La foule est dense, ce soir. Tu y vois des princesses farouches et des gamines faciles, prêtes à se laisser sombrer dans des bras musclés. Elles se soumettent à ces mains entreprenantes et accueillent la passion dégoûtante d’un baiser où s’invite la langue. Elles aiment attirer sans connaître les conséquences. Toi, tu aimerais qu’elles te visent et te piègent dans leur regard. Malheureusement, celle qui fait bringuebaler tes sens danse très près des corps d’athlètes. Elle sourit aux beaux hommes et ces bellâtres t’excluent.

Ne détourne pas le regard, tu n’as pas à t’en faire, tu n’es pas moche du tout.

La foule est dense, ce soir. Tu la vois rayonnante dans un noir pailleté de faux et de trop. Tu le veux souriante et elle rie, tu l’imagines farouche et elle se décale des mains entreprenantes. C’est l’amante du plaisir où les mains et les langues ne sont pas bienvenues. Tu voudrais fracasser ses défenses pour qu’elle te serre fort. Elle agit comme celles que tu as aimé, elle respecte sa peau sans la protéger, elle regarde sans charmer. Tu sais qu’elle est différente, tu le comprends de loin sans oser attaquer, sans oser te montrer. Tu espères.

Ne reste pas si loin, tu es unique, toi aussi.

Elle sourit sans charmer, mais charme car elle existe. La foule est dense, ce soir et tu la fends pour mieux voir la fille qui danse. Ses cheveux mal noués s’agitent avec elle, ses lèvres rouges et sombres ne masquent pas le plaisir simple qu’elle éprouve à plaire. Ses yeux son beaux, ses jambes longues, sa poitrine discrète. Tu aimes cela. Tu attends, tu espères, tu as peur, comme toujours. Elle tangue et balance sur des notes lourdes. Tu te dandines à peine tant tes pensées sont sur elle. Elle saute, ton cœur aussi. Elle tourne, tu la suis. Elle s’esclaffe, tu souris. Elle plaît, tu crains, elle s’écarte, tu souris.

Approche-toi un peu plus, quand elle te verra…

Approche encore, crois-moi, toi aussi, tu es jolie.

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