10 visions de la femme

Dans nos univers, la femme est une princesse. Une rebelle. Une ouvrière farouche. C’est une elfe ou une fée, une sorcière et une sirène. Amoureuse ou effrayée par son confrère masculin, dans quelle société évolue-t-elle ? Alors que la majorité de nos récits de fictions sont menés du point de vue d’une héroïne toujours plus haute en couleur, quelles sont les mœurs auxquels celle-ci peut se référer ?

Voici dix exemples tirés du monde réel où la gente dame, soumise ou dominante, possède un rôle et une place unique. Le l’Antiquité à nos jours, des tribus effacées au plus grand pays du monde, partez à la découverte de quelques exemples parfois méconnus.

Qui fut-elle à travers son existence ?

Un pays peuplé de femmes : la Russie

Dans la tranche d’âge de 35 à 45 ans, on rencontre en Russie 600 femmes pour 480 hommes. Les dames sont plus nombreuses de 20 millions. Elle a donc un rôle considérable dans la vie de la nation : 31 % de femmes dans le bâtiment, 40 % dans la magistrature, 67 % dans l’enseignement, 76 % dans la médecine. Il est fait mention d’un « problème féminin »puisque l’égalité des sexes ne peut être assimilée au nivellement des musculatures. Jusqu’à récemment, les femmes descendaient au fond des mines, et ce fait peut être perçu comme anormal. Le charbon serait un travail d’homme.

« Les femmes valent généralement mieux que les hommes en URSS » (André Pierre)

On parle alors de patience et d’abnégation face au sexe dit fort, à l’ivrognerie ou à la goujaterie.

une « majorité écrasante de femmes s’est orientée vers une combinaison de leurs rôles familial et professionnel, et que seule une infime minorité d’entre elles a pensé à une véritable carrière professionnelle. »

Et pourtant… La femme russe est considérée comme une femme qui aime plaire et être belle. Parmi les conseils donnés aux Français dans des articles plus ou moins profonds, il est dit que la dame de l’est veut que l’on paye pour elle, recherche une galanterie de chaque instant, mais également un leader qui sache prendre ses décisions.

Paradoxal ?

 

Les Moso, une société matrilinéaire

Située au sud-ouest de la Chine, cette ethnie vénère la déesse-mère Hlidi Gemu.

Cette société située en Chine est caractérisée de matrilinéaire : a filiation passe par la mère. Elle transmet son nom à sa descendance, ainsi que son héritage.

Les Moso sont également matrilocaux. Cela signifie que, après le mariage d’un jeune couple, le mari va vivre avec l’épouse, dans sa famille. Cette particularité permet à la mère de confier ses enfants à son frère. Lorsque c’est l’oncle maternel des enfants, plus que le père lui-même, qui se charge de leur éducation, la société est dite avunculaire.

Une famille tentera donc de mettre au monde des filles afin de faire perdurer la lignée et pour que la relation frère-sœur permette d’élever convenablement leurs enfants.

Chez les Moso, la division du travail respecte la distinction entre travaux physiques pour les hommes et tâches domestiques pour les femmes.

Ses représentants, libertins et pudiques, pratiquent une « visite furtive » : les amants ne peuvent être ni jaloux ni fidèles. La nuit, ils se glissent dans le lit des femmes des maisons alentours.

 

L’antiquité et l’apparition du modèle patriarcal

L’homme ne crée par l’enfant, c’est le rôle de la femme. Avant que le père ne comprenne son propre rôle dans la procréation, les sociétés de la Préhistoire étaient matriarcales. La mère est précieuse, fragile et capable d’enfanter.

Dans l’Antiquité, l’homme s’est arrogé le pouvoir social. La femme ne possède aucun droit civique. Elle ne peut prendre aucune disposition juridique en raison de sa faiblesse d’esprit, selon les législateurs qu’ils soient grecs ou romains. La vie active de la cité lui est également interdite. Une Athénienne doit sortir accompagnée, même pas une esclave, et ne peut assister ni aux jeux ni aux représentations théâtrales. La puissance paternelle, patria potestas, est alors assise.

La liste des interdictions auxquelles la femme a été soumise à travers les anciens régimes est longue : pas le droit à la parole car, selon Saint Paul, « que les femmes se taisent dans les assemblées » ; exclusion de la succession au trône ; privation des droits de citoyenneté.

« Quant à l’ordre et à la condition des femmes, je ne veux pas m’en mêler. Je pense simplement qu’elles doivent être tenues à l’écart de toute magistrature, poste de commandement, tribunal, assemblées publiques et conseils, de sorte qu’elles puissent accorder toute leur attention à leurs tâches féminines et domestiques. » (Jean Bodin, Six Livres de la République, 1586)

character-1300267_960_720Que devient la femme privée de droits ? Une épouse et une mère, qui aime son mari et honore ses beaux-parents. La majorité des conseils adressés par les pédagogues médiévaux aux jeunes filles ou aux femmes a pour objectif de leur apprendre à bien se comporter dans leur ménage et à rester soumises à leur mari. Humilité et pudeur deviennent ses principes. Se farder est interdit, car il s’agit de défigurer son visage, le miroir de l’âme. Il faut baisser la tête, ne pas regarder un homme dans les yeux, parler peu.character-2029649_960_720

Juchitán de Zaragoza, aux femmes le commerce, la maison et

les temples

Forte d’une position sociale très respectée, la femme, dans cette ville du Mexique, est réputée pour son intelligence et son talent. Elle porte de beaux vêtements richement ornés.

La responsabilité des finances familiales, dans cette ville du Mexique, appartenait aux femmes. À l’origine, à Juchitán, les hommes s’occupaient de ramener la matière première que les femmes transformaient ensuite avant de vendre leur artisanat sur le marché.

De nos jours, l’équilibre est mieux réparti, mais les dames contrôlent encore la vie économique de la ville.
Il ne s’agit pas cependant d’une société matriarcale comme on pourrait l’imagine, plutôt d’une ville où « matriarcat et patriarcat cohabitent sous le même toit ». Aux femmes : le commerce, l’organisation des fêtes locales, la maison et la rue, les temples. Aux hommes : la politique, la pêche, l’agriculture, la musique.

 

La Polygamie, une pratique réglementée

La loi actuelle demande aux hommes islamiques de ne pas prendre plus de quatre épouses. C’est ce que Dieu commande afin de rester équitable envers les enfants et les femmes. Si l’équité est menacée, ils doivent alors n’en prendre qu’une. C’est la règle la plus importante concernant la polygamie : offrir les mêmes opportunités à chacune. Cet équilibre réside dans les biens dédiés à chacune, car il est dit que le partage équitable de l’amour, nul homme n’en est capable.

La polygamie est ainsi préférée à l’adultère, et l’homme qui veut une femme qui n’est pas sienne l’épousera d’abord.

Elles doivent posséder leur propre logement, que le mari peu habiter avec leur consentement.

Le mariage, s’il est le premier de la jeune femme, doit être supervisé par un fonctionnaire ou un membre de la famille. En cas de mariage non surveillé, l’union est déclarée nulle et non avenue.

La distinction entre ce qui est licite et ce qui est illicite est de jouer du tambourin lors d’un mariage et de l’annoncer”.

(Tirmidhi, Nikah, 6 ; Ibn Majah, Nikah, 20 ; Nasai, Nikah, 72)

Certains estiment que la polygamie peut être une solution pour les relations sexuelles interdites et pour les problèmes psychologiques qui dominent beaucoup de filles qui restent sans mariage.

 

Une histoire biblique

Si les présentations précédentes ne montraient que des sociétés dans pointer du doigt un personnage ou une histoire précise, voici cette fois l’une des pires illustrations du rôle de la femme dans l’évangile.

Vous trouverez le texte original sur cette page.

En ce temps, où il n’y avait pas de roi en Israël, un homme de la tribu de Lévi, séjournant dans la partie la plus reculée de la montagne d’Éphraïm, prit pour concubine une femme de Bethléem de Juda. Sa concubine lui fut infidèle et elle s’en alla d’avec lui dans la maison de son père à Bethléem de Juda, et elle resta là l’espace de quatre mois. Son mari se leva et alla après elle pour parler à son cœur et le ramener à lui. Il avait avec lui son serviteur et deux ânes. Et elle le fit entrer dans la maison de son père, et le père de la jeune fille le vit, et alla au-devant de lui avec joie. Et son beau-père, le père de la jeune fille, le retint, et il demeura chez lui trois jours. […] Pendant qu’ils étaient là à se réconforter, voici, les hommes de la ville, hommes pervers, entourèrent la maison, se ruant contre la porte, et ils dirent au vieillard, maître de la maison :

« Fais sortir l’homme qui est entré chez toi, pour que nous le connaissions. »

Et le maître de la maison sortit vers eux et leur dit :

« Non, mes frères, ne faites pas le mal, je vous prie ! Puisque cet homme est entré dans ma maison, ne commettez pas cette infamie. Voici, ma fille qui est vierge, et sa concubine [la concubine de l’homme étranger], je vous les amènerai dehors ; vous leur ferez violence et vous les traiterez comme il vous plaira. Mais sur cet homme ne commettez pas cette action infâme. »

Ces hommes ne voulurent pas l’écouter. Et l’homme prit sa concubine et la leur amena dehors. Et ils la connurent et abusèrent d’elle toute la nuit jusqu’au matin, et ils la renvoyèrent au lever de l’aurore.

Vers le matin, cette femme vint, et elle tomba à la porte de la maison de l’homme chez qui était son maître, et y resta jusqu’au jour. Le matin, son maître se leva, et il ouvrit la porte de la maison et sortit pour continuer son chemin ; et voici, la femme, sa concubine, était étendue à l’entrée de la maison, les mains sur le seuil. Et il lui dit :

« Lève-toi et partons ! »

Et personne ne répondit. Le mari la prit sur son âne, et il partit et s’en alla chez lui. Arrivé dans sa maison, il prit le couteau, et saisit sa concubine, et la coupa membre par membre en douze morceaux, et il l’envoya dans tout le, territoire d’Israël. Tous ceux qui virent cela dirent : Jamais chose pareille n’est arrivée et ne s’est vue depuis le jour où les fils d’Israël sont montés du pays d’Égypte jusqu’aujourd’hui. Prenez la chose à cœur, consultez et prononcez !

(Juges, 19, Bible du Semeur)

Je ne connais pas la morale de cette histoire.

 

Les Khasi, où la plus jeune dirige

L’État du Meghalaya, au nord-est de l’Inde. Pour les bons élèves, cette société est matrilinéaire et matrilocale. Une exception aux normes est à noter : la khaddu, la plus jeune fille de la famille, deviendra la chef, l’héritière et la gardienne des traditions familiales.

L’enfant est mise à part. Elle se voit dispensée des corvées domestiques et de la liberté de faire des choix. Son futur est la tradition se situe sur les terres familiales.

Les hommes, eux, n’héritent de rien et en cas de divorce ils perdent tout. Chez les Khasi, c’est donc pour avoir une petite fille que l’on prie.

Près de 80 % des Khasi sont chrétiens depuis la colonisation anglaise, mais ici les maris sont vus simplement comme la « côte droite des femmes », selon une lecture particulière de l’Ancien Testament.

Cependant, la société Khasi évolue : les programmes télé venus de Bombay par satellite depuis quelques années et le tourisme de masse ont bouleversé les codes, et des voix s’élèvent chez les hommes pour plus d’égalité des sexes… et un retour à la filiation patriarcale.

 

Le Caire contemporain, la pire ville pour les femmes

Global Gender Gap 2012 a établi un classement des pires lieux où vivre lorsque l’on est une femme. Sur 135 pays, la France arrive 57ᵉ. Mais voici le plus bas du tableau : l’Égypte et sa capitale. La persistance de traditions anciennes seraient à l’origine des discriminations. Dans un pays conservateur, il est difficile de prendre des mesures progressistes radicales. Même concernant le droit des femmes. Elles continuent alors de subir, pour la très large majorité d’entre elles, des pratiques culturelles telle que l’excision (dont la pratique est pourtant criminalisée depuis 2008). Ce la doit préserver la chasteté de la fille.

C’est une ville où rien n’est fait pour la femme, où elle doit lutter pour tout. Harcèlement verbal ou physique sont monnaie courante, même lors d’une simple promenade.

« En 2013, 99 % des femmes interrogées par les Nations unies signalaient avoir été victimes de harcèlement sexuel et 47 % des femmes divorcées de violences domestiques. » (Heba Kanso)

L'homme et la femme
L’homme et la femme, l’éternel duo

Paris et ses transports ne sont pas en reste

Six femmes sur dix craignent une agression ou un vol dans les transports franciliens contre trois hommes sur dix.

Les femmes de notre capitale déclarent toutes, sans exception, avoir connu des assauts sexistes. Mains aux fesses, insultes, regards, sifflements ou commentaires sur le physique, que les dames aient 18 ans ou moins. Le débat entre drague, flatterie et harcèlement permet encore aux hommes malappris d’échapper aux représailles.

« Les femmes doivent pouvoir circuler et occuper l’espace public sans être mises en danger ou menacées de l’être. C’est une liberté fondamentale. » (Pascale Boistard)

Ces agressions sexistes et sexuelles ont lieu principalement dans les bus et les bus scolaires. Les violences contre les hommes existent également, à une faible proportion. Deux tiers des utilisateurs des transports sont des hommes, mais deux tiers des victimes sont des femmes.

L’article concernant cette étude a été publié en 2015 et promettait des mesures radicales. Pour ma part, connaissant peu Paris, il m’est difficile de juger, mais je n’ai pas la sensation que les choses aient changé.

 

Les Kiriwana, l’immaculée conception

La société de Trobriandaise est une société matrilinéaire et hiérarchisée. Les enfants appartiennent dès leur naissance au clan de leur mère, et sont placés, ici aussi, sous l’autorité de leur oncle maternel. Cette identité est connotée par des métaphores corporelles telles que « nous partageons le même sang et la même chair », ou « nous suçons le même sein ». Cependant, après mariage, les enfants vivent avec leur père, sauf l’aîné des fils qui à la puberté ira résider auprès de son oncle maternel auquel il doit succéder.

Dans leur culture, le sperme ne contribue pas à la conception de l’enfant. Les enfants à naître sont incarnés dans un esprit : Waiwaia. Guidé par un ancêtre de la famille maternelle, l’esprit arrive du pays des morts en traversant la mer. Il entre par la tête de la future mère et se loge dans son ventre où il se nourrit du sang des menstruations.

 

 

Les dames de Paris seraient-elles moins fortes que les Russes ? Comment réagirait une Égyptienne en arrivant à Juchitán de Zaragoza ? La culture, les mœurs, façonnent naturellement toutes les sociétés, pour le meilleur comme pour le pire. Parmi ces exemples, l’égalité n’existe pas. J’ignore si elle existe dans le monde, mais il est bon de voir à quel point deux pays diffèrent. Les féministes se verraient désœuvrées parmi les Moso, et acculée au Caire ?

J’espère que cet article vous ouvre des pistes pour créer des sociétés atypiques, peut-être des personnages aux valeurs différentes de nos attentes occidentales.

Après tout, dans d’autres pays, peut-être les hommes attendent-ils la princesse charmante…

Ma lecture favorite sur le genre, pour aller plus loin :

Culottées : Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent.

Culottees

Guerrière apache ou sirène hollywoodienne, gynécologue ou impératrice, Pénélope Bagieu dresse le portrait de quinze femmes combattantes et hors normes qui ont bravé la pression sociale de leur époque et inventé leur destin.

Il s’agit d’une bande dessinée relatant l’histoire de ces femmes qui, à force de détermination, d’ingéniosité, de talent ou de meurtres, parviennent à leurs fins. Certaines auront apporté à notre société ce que chaque femme peut aujourd’hui utiliser, comme le maillot de bain. Je me suis régalée à lire ces histoires, aucune ne laisse indifférente.

 

Si cet article vous a plus, n’hésitez pas à le signaler. J’ai d’autres projets de thèmes sur le même format : la mort, la religion, le sexe… Rallongez la liste si le cœur vous en dit !

 


Sources :
Anthropologie des jeunes femmes russes
Monde diplomatique
mademoiselle
http://journals.openedition.org/clio/238
http://journals.openedition.org/clio/10375
Femme poly
Les meilleurs et pires pays où vivre quand on est une femme
Ouest France
L’histoire de la femme de l’antiquité à nos jours
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3 réflexions sur “10 visions de la femme

  1. Adeline Tosello dit :

    Beau boulot ! Faudrait que je lise Culottées…
    Une lecture intéressante aussi, qui remonte à looooongtemps en ce qui me concerne, c’est Mœurs et sexualité en Océanie de Margaret MEAD. C’est de l’ethnologie et dedans, il y a une tribu où les rôles traditionnellement féminins et masculins dans nos sociétés sont inversés en quelque sorte. Toutes les ethnies étudiées le sont sous l’angle de la relation hommes-femmes.

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  2. didierlemariey dit :

    Bravo Delphine pour cet article très documenté et palpitant. Qu’en est-il des amazones ? Existent-elles? Ont-elles existé ? Ce serai un bon complément pour toutes ces femmes qui pour certaines sont opprimées.Les autres sujets envisagés me semblent parfaits. Il y a également le pouvoir des femmes de l’ombre.

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    1. Delphine Hédoin dit :

      Merci pour ce retour !
      J’ai choisi de ne pas parler des amazones par manque de connaissances à ce sujet. J’ai rencontré une écrivaine ayant fait son mémoire dessus, ton commentaire me donne envie de la contacter pour qu’elle m’apporte un petit plus sur cet article. C’est un peuple riche et passionnant, et l’un de ses textes a mis en évidence le fait que j’étais une totale béotienne à ce sujet. A étudier donc.
      Le pouvoir des femmes de l’ombre… Cela m’intéresse ! Tu as quelques pistes à ce sujet ?

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